La vengeance posthume de Kadhafi

Les militaires et les services de renseignement français, américains et algériens ont, pendant plus de deux ans, décrit et analysé la crise libyenne. Leurs conclusions étaient d’une extrême banalité : la guerre anti-Kadhafi décidée par Sarkozy (avec l’approbation du PS) et Cameron, et bénéficiant du soutien de l’aviation américaine, a détruit les structures de l’Etat et favorisé le pillage des riches entrepôts où le colonel entassait ses armements.

Divers mouvements terroristes ont aussitôt profité de l’aubaine et transformé la Libye, notamment au sud, en centre de repos et de formation au djihad.

A Paris, à Washington, à l’ONU, le projet d’une intervention militaire internationale militaire internationale en Libye – pour y mettre bon ordre, un doux rêve – est aujourd’hui évoqué publiquement. La semaine dernière, en visite dans les pays du Sahel, Jean-Yves Le Drian a confirmé que « le chaos politique (avait permis) la résurgence d’un sanctuaire terroriste ». La « Résurgence » ? Le terme prête à sourire. Voilà dix-huit mois, citant des documents militaires, « Le Canard » (5/6/13) avait révélé l’existence de « trois centres de formation accélérée au djihad, où des volontaires (venaient) apprendre le « métier » dans un sanctuaire libyen, avant de rejoindre la Syrie ».

Lundi 5 janvier, au micro de France Inter, François Hollande a jugé nécessaire de proclamer qu’il ne se lancerait pas dans une nouvelle guerre. « La France, a-t-il déclaré, n’interviendra pas en Libye, c’est à la communauté internationale de prendre ses responsabilités ». Commentaire désabusé d’un officier : « Le Président a ainsi évité d’avouer que nous n’avons plus guère d’effectifs disponibles pour des actions au sol. Nous pouvons lancer des raids aériens, point barre »…

Lire la suite dans Le Canard Enchaîné, 7 janvier 2015.

Voici un article du Canard qui semble regretter en filigrane l’absence d’intervention militaire occidentale impérialiste en Libye avec l’appui des forces régionales. Fort de constater la responsabilité indirecte française dans la poussée djihadiste en Libye (mais qui est en fait directe : de nombreux djihadistes ont été soutenus et armés par les services de renseignement français en Libye et ont subi ensuite une étrange transhumance vers la Syrie), il souligne le désabusement lucide, des militaires français, de ne pas pouvoir intervenir en Libye face au manque de moyens mais surtout au manque de soutien de la communauté internationale et particulièrement des puissances régionales. Le plan occidental et notamment français consistait à réintervenir en Libye comme sous Sarkozy avec des frappes aériennes et des forces spéciales au sol mais qui cette fois-ci appuieraient des tirailleurs algériens, égyptiens et tunisiens issus des armées de leur pays respectif. Le seul hic, ni l’Algérie, ni la Tunisie n’acceptent de faire le sale boulot qu’ont fait auparavant les djihadistes. Ces derniers ont depuis poussé comme des champignons en Libye et en Syrie avec l’engrais des puissances occidentales. Enfin selon Al Jazeera, même les autorités libyennes actuelles ne sont pas favorables à l’intervention française.

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