Un important dispositif policier a empêché lundi 12 janvier toute réunion massive de manifestants aux abords du parlement de la République démocratique du Congo, où les députés devaient étudier dans l’après-midi une loi électorale contestée par l’opposition. La veille, une manifestation similaire avait été dissoute à coups de gaz lacrymogènes.

Dans la matinée de lundi, quelques dizaines de militants de l’opposition s’étaient réunis pour faire barrage au vote de cette loi électorale qui, accusent-ils, va permettre au président Joseph Kabila, au pouvoir depuis 2001, de rester à la tête du pays au-delà de la fin de son deuxième quinquennat, fin 2016.

Comment ? En conditionnant la tenue de la présidentielle à un recensement de la population. Un recensement qui promet d’être long – trois à quatre ans, selon les sources – dans un pays grand comme cinq fois la France, où les voies de communication praticables manquent et où, dans l’est, des pans entiers de territoire sont contrôlés par les dizaines de groupes armés.

« Nous nous sommes réunis pour qu’il n’y ait pas de modification de la loi électorale. C’est ce que la majorité veut concocter pour qu’il n’y ait pas d’élection présidentielle en 2016 », a dénoncé Antoine-Adolphe Wenga Mastaki, un cadre de l’Union pour la nation congolaise (UNC), le troisième parti d’opposition.

Ghislain Gamètre, un autre cadre de l’UNC, montrait une pancarte : « La République est en danger ». « Nous craignons que ce qui s’est fait au Burkina Faso se fasse ici », a-t-il justifié, en référence à la révolte qui avait chassé fin octobre le président burkinabé Blaise Compaoré, au pouvoir depuis 27 ans et qui voulait changer la constitution pour briguer un autre mandat.

En fin de matinée, devant le siège de l’UNC d’où l’on peut voir le parlement, le groupe de manifestants atteignait entre 200 et 300 personnes. La police a tiré sans sommation, comme à l’accoutumée, des gaz lacrymogènes. La foule a fui dans l’enceinte des partis alentours. À plusieurs reprises, les opposants se sont regroupés, avant d’être à nouveau dispersés.

« Nous avons été instruits que ces gens ne puissent pas manifester », et en conséquence leur marche est assimilée à un « trouble à l’ordre public », explique Israël Mutombo, porte-parole du commandant de la police de Kinshasa, le redouté général Célestin Kanyama, qui s’est rendu sur les lieux de manifestation.

Des présidents de partis ont souligné que la police avait tiré à « balles réelles » sur les marcheurs. Israël Mutombo a démenti mais un jeune homme a affirmé qu’il avait reçu une balle à la jambe. « Je ne suis pas un politicien, je suis un étudiant ! », a-t-il lancé en boitant. Puis, il a enlevé le tissu blanc qui lui servait de pansement, dévoilant ainsi un trou sanguinolent.

« République bananière ! », « République de voyous ! », « Ce n’est pas comme ça que vous allez régler le problème des gens ! », s’époumonaient des militants de l’opposition, tandis que d’autres brûlaient des pneus devant l’UNC. La police a dégagé la route et fini par se poster à l’entrée des partis pour empêcher tout regroupement.

Pendant ce temps, au parlement, les députés de l’opposition, qui ont un moment envisagé le boycott, ont troublé l’étude de la loi électorale par de copieux coups de sifflets. Certains chefs de partis promettent une manifestation chaque jour, jusqu’à ce que la loi électorale ne menace plus la tenue de la présidentielle en 2016.

Habibou BangréKinshasa, République démocratique du Congo

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