Elles mettent Kinshasa KO

Elles sont chômeuses, étudiantes ou commerçantes et, comme la majeure partie des 70 millions de Congolais, elles vivent dans une pauvreté criante. Mais, même l’estomac vide, les plus motivées se rendent presque chaque soir au stade Tata Raphaël de Kinshasa pour des entraînements de boxe assurés par d’anciens professionnels ou des amateurs passionnés.

Mélangées aux hommes, vêtues de tenues dépareillées, parfois chaussées de simples ballerines, elles ne pouvaient rêver meilleur écrin pour s’échauffer et échanger quelques coups : le stade a abrité le 30 octobre 1974 le « combat du siècle », lors duquel l’Américain Mohammed Ali a battu par un vibrant K.O. son compatriote George Foreman.
Sur quelques dizaines de boxeuses amateures et professionnelles, une poignée espère vivre un jour de la boxe. Mais dans leur République démocratique du Congo natale – où les infrastructures sportives manquent cruellement – percer sur le ring reste le combat le plus difficile.

Jogging, tee-shirt et baskets, la percutante Rosette Ndongala, 22 ans, médaillée d’or au Cameroun du 4e championnat d’Afrique féminin junior, compte parmi les perles. Ses muscles très dessinés prouvent la régularité de son entraînement. Le visage presque sévère, cette ancienne enfant des rues boxe dans le vide. Puis l’entraîneur arrive : « Gauche ! Droite- droite ! » Rosette cogne dur, en laissant échapper un grognement rageur.
La rigueur de Rosette Ndongala en a inspiré plus d’une. Comme son amie Pamela Nseka, 27 ans, étudiante à l’Institut supérieur de commerce de Kinshasa. « Je boxe depuis 2003. Quand je voyais ma collègue Rosette travailler, ça m’a donné un peu de courage… J’aime quand elle fait la bagarre : sa tactique, ses uppercuts… C’est bon ! », lance la coquette jeune femme.
Héritier Yoko Hema, un colosse de 23 ans, est aussi en admiration devant la pugiliste de ce club baptisé La tête haute de Mohamed Ali. « Rosette, c’est une championne ! se félicite t-il. Avant que je commence, elle faisait déjà de la boxe. J’étais fanatique ! Elle m’inspire. Elle a une bonne précision des coups ! »

Lors d’une compétition en juin dernier, organisée dans la capitale congolaise par l’ex-boxeur français Christophe Tiozzo, Rosette a combattu en amateure contre une Française, qu’elle a harcelé de coups, et vaincue. Les spectateurs congolais étaient en liesse, et Rosette a été portée en triomphe dans les airs.
De quoi conforter l’envie de Pamela de s’imposer dans le milieu. Déjà, le mental est là. Car quand elle a commencé à boxer, elle s’est heurtée, comme d’autres femmes, à une certaine hostilité. « Mes proches me disaient: « Tu ne peux pas faire ça ! C’est pas pour les filles ! Et tu vas perdre la tête ! », se souvient-elle. Mais quand tu aimes quelque chose, il y a des risques… »
Thierry Ndongala, ancien boxeur reconverti en entraîneur, ne comprend pas les réticences. « Les filles professionnelles peuvent être aussi fortes que les hommes ! J’ai entraîné des femmes avec des hommes, ou juste des femmes entre elles », témoigne-t-il en appelant le gouvernement à investir pour professionnaliser la boxe.

Malgré les préjugés, Pamela s’est accrochée et a finalement convaincu son entourage. « Mes copines, mes copains et ma famille m’encouragent. Aujourd’hui, ils commencent même à m’appeler « Championne ! » Pourtant je n’ai encore gagné aucun combat », raconte-t-elle, pas peu fière.
Si elle n’envisage pas particulièrement de gagner sa vie avec le « noble art », Rosette garde cet objectif en tête. Pour certains observateurs, les filles et les garçons qui veulent à tout prix se distinguer le font par passion mais aussi, voire surtout, en espérant gagner un billet pour boxer à l’étranger. Et ainsi quitter la misère de leur pays. Lire la suite sur : http://fr.africatime.com/external?url=http://www.lemonde.fr/afrique/arti…

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