Affaire Mamadou Ndala : « La jeep aurait été incinérée par le chauffeur du colonel »

D’après l’officier du ministère public, le chauffeur du colonel Mamadou Ndala aurait expressément incendié la jeep après l’assassinat crapuleux du vaillant tombeur du M23. Le colonel Ndala avait été touché par la roquette, mais son chauffeur, présumé complice du complot, aurait expressément mis le feu sur la jeep afin de dissimuler les traces et compromettre toute enquête.

Quelques prévenus dans l'affaire Mamadou Ndala (Ph. Ley Uwera)
Quelques prévenus dans l’affaire Mamadou Ndala (Ph. Ley Uwera)

À en croire cette version soulevée par l’officier du ministère public, tout se passe comme dans un film policier. L’ombre participe à la neutralisation de sa proie et appelle au secours. C’est ce qu’aurait fait le 2 janvier 2014 le sergent Arsène Ndambo Ndongala, chauffeur du colonel Mamadou Ndala après que l’obus d’un tireur embusqué ait touché le convoi. Le colonel avait trouvé la mort sur le champ mais pour empêcher le éventuelles enquêtes et autopsies sur le corps, le chauffeur aurait mis le feu sur la jeep.

Lors de l’ouverture du procès à la tribune du 08 mars de la mairie de Beni-ville ce mercredi 1er octobre 2014, le chauffeur de feu le colonel Mamadou est le seul prévenu auditionné par la cour. Le public est serein, rassuré par les appels au calme de la société civile du Nord-Kivu qui l’a mobilisé. La veille, les organisations citoyennes du Nord-Kivu et de Beni ville et territoire ont émis le vœu de voir les affaires tirés aux clairs dans cette affaire. Mais elles n’ont pas cachés leurs craintes d’assister à un simulacre de procès ou parodie de justice « comme dans l’affaires Floribert Chebeya« , soutient un militant de la Lucha, un mouvement citoyen de Goma, capitale du Nord-Kivu. « On craint que tout ceci soit un montage« , renseigne un des assistants à l’audience car « la plupart des prévenus ne maîtrisent ni leurs dates de naissance, ni avec précision de leurs origines« , renchérit-il.

Dans l’audience de ce mardi, le ministère public a estimé que l’ex-chauffeur de Mamadou Ndala est « en quelque sorte complice de l’assassinat du général et de deux de ses gardes du corps« . Le chauffeur est poursuivi pour « complicité, recel, non assistance aux personnes en danger, vol d’argents et d’effets personnels des victimes et présomption de suppression délibérée des traces« , soutient l’officier du ministère public.

L’assistance et la cours s’appuient sur une vidéo prise au lieu quelques minutes après le forfait. Comme dans cette interprétation de l’un experts assistant au procès, il ya à craindre et à laisser penser.

« Des tirs sans roquettes à 9km du centre ville de Beni, le chauffeur regarde à côté et contemple le colonel touché. Il avance encore 1km 100m de plus vers le nord de la ville, soit 1km 100 du lieu du crime puis s’arrête un moment. Sans vraiment lire le deuil dans ses yeux, il s’arrête pour en quelque sorte constater que le colonel et deux de ses gardes sont vraiment morts. Sans alerter personne, sans recourir ni à la radio VHF à au téléphone portable pour appeler au secours, il s’occupe à fouiller les corps des victimes, récupérer quelques sou, la Radio VHF colonel Ndala et les cordelettes de ses gardes touchés puis prend la direction de Mavivi [localité située à 12 km du centre ville de Beni et abritant un aéroport international à chantier, campement de la Monusco et de l’Unité de réaction rapide des FARDC, ndlr], pour informer les autres militaires sur place.« 

D’après le ministère public, le chauffeur devrait arrêter le véhicule soit continuer jusqu’au campement de l’unité commando FARDC de Mavivi qui n’était qu’à 2km du lieu du forfait. « En s’arrêtant à 1km100, le chauffeur a permis aux tireurs embusqués de prendre les larges et de se volatiliser dans la nature« , précise l’officier du ministère public, expliquant que « le chauffeur aurait expressément laissé un bon moment avant d’appeler au secours, puis mettre le feu sur la jeep.« 

Au coup de 16 heures de Beni, la séance est suspendue. Seul le sergent Ndambo Ndongala Arsène, ex-chauffeur du colonel Mamadou Ndala a comparu. En plus de non assistance aux personnes en danger, Ndongala devra poursuivre son argumentaire dans les prochaines séances sur d’autres faits qui lui sont retenus, notamment le vol de l’argent de son chef Mamadou Ndala, la détention de quelques objets d’autres victimes Koko Madimba Tshilumba et Mado Badinza, mais aussi la plus crapuleuse et viscérale mise en feu de la jeep !

Arsène Ndongala est assisté dans cette affaire par Maître Augustin Tshisambo du barreau de Kananga qui voudrait voir comparaitre Monsieur Moussa Demba Diallo de l’information publique de la Monusco-Beni. D’après Me Tshisambo soutenu par la cour, Moussa Demba devra comparaitre lors de l’audience de ce jeudi 03 octobre. Il lui est reproché d’avoir passé plus de trois quarts d’heure au lieu du crime. Sera aussi à la barre, le colonel Birotsho, ancien attaché à la défense de l’ambassade de la RDC à Kampala en Ouganda, pour des prétendues transactions financières avec les victimes le jour même du crime, à l’hôtel Albertine situé au Nord de la ville de Beni, soit à près de 5 km du lieu du drame le 02 janvier 2014.

Mc.-Héritier Kapitene

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