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vendredi, juin 5, 2020

Joseph Kabila, « le glissement » contre vents et marées
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Un dialogue politique qui a pu se tenir, en dépit du boycott de l’opposition; un report de la présidentielle qui a été acté par une conférence régionale en présence de partenaires internationaux, un nouveau Premier ministre sur le point d’être nommé en remplacement de Matata Ponyo, démissionnaire; la tentative de « glissement » du président de la RD Congo, Joseph Kabila, au-delà du terme de son dernier mandat, est-elle finalement et malgré tout, en train de réussir ?

« Soucieux de ma responsabilité en tant que garant du bon fonctionnement des institutions, je ne permettrai pas que le pays soit pris en otage par une frange de sa classe politique », a déclaré Joseph Kabila, mardi, dans son discours à la Nation prononcé devant le Parlement réuni en congrès.

« Après ce message, il n’y a plus de doute possible: Monsieur Kabila est bien déterminé à rester au pouvoir ! A lui d’en supporter les conséquences car nous ne permettrons pas cela », a déclaré à Anadolu l’opposant Jean Marc Kabunda-a-Kabund, secrétaire général de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS).

Accusé de vouloir opérer un « glissement » en maintenant le président Joseph Kabila au pouvoir au-delà de son dernier mandat constitutionnel, le régime congolais aurait mis en place à cette fin, dès 2014, « toutes sortes de stratégies juridiques et politiques », rappelle le dernier numéro de l’Annuaire des Grands Lacs, diffusé la semaine dernière par l’université d’Anvers en Belgique.

Dans leur article « chronique politique de la RDC 2015-2016 », les chercheurs Aymar Nyenyezi Bisoka et Maurice Ntububa soutiennent que la stratégie de la majorité présidentielle présente une double dimension; politique et juridique.

« Du point de vue juridique, la principale stratégie a été d’essayer de modifier la Constitution afin de permettre au président Kabila qui, selon celle-ci, ne devrait plus se représenter en 2016, de pouvoir briguer un troisième mandat », renseigne cet article.

Parallèlement, un cadre du parti au pouvoir en était arrivé à suggérer un référendum sur un troisième mandat de Kabila. « Si vous ne passez pas par le dialogue, en face de vous il y a le peuple et le peuple souverain s’exprime au travers d’un mode de scrutin universellement connu, c’est le référendum », avait suggéré publiquement, en juillet dernier, Henry Mova, secrétaire général du Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD-parti présidentiel).

« Du point de vue politique, en dehors de la nomination de ses proches dans plusieurs institutions publiques comme la Commission nationale électorale indépendante (CENI) ou la Cour constitutionnelle, le pouvoir a misé sur le retard lié à des aspects techniques dans l’organisation des scrutins afin d’éviter l’alternance politique », poursuit l’article.

C’est dans ce cadre que ces experts situent l’autorisation accordée par la Cour constitutionnelle à Kabila, en mai dernier, de rester au pouvoir aussi longtemps qu’il n’y aura pas eu d’élection.

Par ailleurs, le dialogue politique convoqué par Kabila et boycotté par la majeure partie de l’opposition qui tablait ainsi sur son échec, a abouti à un accord politique. Ces conclusions ont même été actées par une partie de la communauté internationale réunie, fin octobre dernier, dans le cadre du sommet de Luanda.

Adoptées il y a un mois, les conclusions de ce dialogue prévoient, notamment, le report de la présidentielle de novembre 2016 à avril 2018 et la nomination d’un Premier ministre de l’opposition qui formerait un gouvernement d’ouverture.

La première matérialisation de cet accord politique s’est faite, lundi, avec la démission du Premier ministre Augustin Matata Mponyo Mapon. Cette démission ouvre la voie à la nomination, « imminente » d’après une source au sein de la présidence, d’un Premier ministre issu des rangs de l’opposition signataire du dialogue politique dans ce pays.

« Ce dialogue, ce Premier ministre qu’il [Kabila] veut nommer, le report des élections, son maintien au pouvoir entre temps, constituent un coup de force qui sera neutralisé par le coup de maître du peuple congolais d’ici le 19 décembre prochain », avance l’opposant Kabunda-a-Kabund, en référence à la manifestation qu’organisera l’opposition pour signifier à Kabila la fin de son mandat et de l’ultimatum qu’elle lui avait accordé.

La capacité de l’opposition à mobiliser au-delà même des milliers présents à son meeting du 31 juillet dernier, sur le boulevard Triomphal, à Kinshasa, permettra selon des observateurs de « faire bouger les lignes » dans ce bras de fer politique.

Pour Médard Tchibangu, ancien professeur de sciences politiques à l’université libre de Bruxelles (ULB) et spécialiste de la vie politique en RDC, « le rapport de force entre Kabila et l’opposition politique est aujourd’hui au point mort ».

« Pour l’heure il n y a ni vainqueur ni vaincu. Il se manifestera, néanmoins, après institution d’un nouveau gouvernement dirigé par une frange de l’opposition, une radicalisation du camp au pouvoir contre le Rassemblement des forces acquises au changement [plateforme de l’opposition qui a boycotté le dialogue]. Il faudrait toutefois rester vigilant pour que cette confrontation politique, qui est incontournable, ne se prolonge dans la rue et n’aboutisse à des violences », a conclu l’expert congolais, dans une déclaration à Anadolu.

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